Le dernier à parler Maurice Blanchot

Dialogue dans la suite des fissures du mourir avec Paul Celan, témoignage qui celui qui témoigne, très fine réflexion sur la voix, le regard, la matière même des poèmes de Celan. Par-delà le désastre, par l’écriture, Le dernier à parler Maurice Blanchot poursuit son exploration d’une communication impossible, nécessaire.

Après Aminadab, L’écriture du désastre, Le livre à venir, on continue notre exploration de l’oeuvre de Maurice Blanchot. Se rendre ainsi compte que c’est la première fois que nous parlons ici des éditions Fata Morgana. Toute une époque de notre vie, une certaine façon, élégante et clandestine, poétique et non massicotée, d’envisager et de dire le monde. Le dernier à parler est donc un texte semi-rare de Blanchot, une sorte d’expérimentation de la communication, la communauté inavouable, au cœur de toute sa parole. On aime beaucoup le dispositif de mise en page qui met en scène ce dialogue, cet hommage, cette interprétation sensible. Un partage des pages. D’un côté les poèmes de Celan, en allemand, de l’autre les traductions de Blanchot et toutes les remarques et interprétations auxquelles elles donnent lieu. On goûte particulièrement la manière dont l’auteur passe du détail au général, du texte à ce que l’on sait être ses hantises, de la dureté aride de la pierre, la mollesse poudreuse de la neige, à la place de ce compagnon nous-mêmes où tant nous nous reconnaissons.

Cela entre parenthèses, comme si l’intervalle réservait une pensée qui, là où tout manque, est encore un don, un souvenir, une atteinte commune

Partage d’un silence jamais entièrement similaire, communion dans l’étrangeté. Nous sommes des étrangers. « Deux silences nous remplissent la bouche. » Sans doute faut-il savoir où (dans l’absence) nous en sommes. Comme pour tant d’autres auteurs, l’interprétation de Blanchot a durablement marqué la réception de Paul Celan. « La mort, la parole. » La lutte de Celan pour se réapproprier (laisser entendre son silence, son étrangeté) la langue allemande, celle du génocide, de la mort massive. Cela, aujourd’hui, paraît presque entendu. Soulignons quand même comment Blanchot offre l’écoute, se contente, comme on dit, de reproduire les poèmes de Celan, de les placer dans une certaine écoute et vision. À travers les poursuites des fissures de la mort (écoutons cette formule magnifique), reste un mot qu’on peut voir et entendre : « être ensemble. » La littérature n’a pas-être aucune autre perspective terminale. Blanchot sait en ausculter les vides poursuivis par le poème. L’appel au mouvement, au dehors, au regard : « Venir, fût-ce de nulle part, seulement là où – dans la suite des fissures-crevasses du mourir – la lumière incessante (qui n’éclaire pas) fascine. » Lisons Celan, écoutons Blanchot.

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